« Le pire de cette crise, c’est seulement de la gâcher »

Il y a tout juste un an, nous avons consacré notre éditorial à l’expérience inédite du « confinement » et de la fermeture des établissements scolaires dans toute la France. Des questions s’imposaient et nous les avons souvent répétées : Quelle éducation pouvons-nous communiquer à nos enfants dans ce contexte inédit ? Comment ne pas tomber dans la peur ou dans la résignation face à la situation présente ?

Ce sont des questions ouvertes et qui ne peuvent pas trouver de réponses en attendant la fin de cette crise sanitaire. Car elles constituent une urgence humaine dont la crise que nous vivons ne fait qu’ amplifier.

La peur et la résignation sont deux réalités que nous entendons souvent s’exprimer autour de nous sous des formes différentes.

Quand nous les ressentons c’est déjà trop tard. Un sentiment de fragilité s’installe en nous.

Depuis un an, nous avons le sentiment que vivre c’est apprendre à « naviguer à vue », sans savoir pour combien de temps nous resterons dans cette situation, malgré quelques signes de « sortie de crise ».

En décembre dernier, la très réputée revue américaine, Times, avait dédié sa couverture à l’année « 2020 ». Les chiffres étaient écrits en noir, avec de gros caractères et ils étaient barrés par une énorme croix rouge. Le titre de l’éditorial, « The Worst Year Ever » (la pire année depuis toujours). L’article commençait en disant que c’est l’histoire d’une année que l’on ne voudrait jamais revoir.

Notre peur et notre résignation nous font imaginer pouvoir effacer la réalité ou qu’il suffit de fermer les yeux pour que tout passe.

Le Pape François dans une homélie disait « le pire de cette crise, c’est seulement de la gâcher » (homélie de Pentecôte 2020). Cette phrase, qui pourrait être prise pour un slogan, est une invitation à regarder en nous et autour de nous les signes de vie possible. Elle nous invite à considérer si tout est vraiment à « jeter » ou bien si nous pouvons « sauver » des morceaux de vie.

Nous avons la certitude que lundi 3 mai comme lundi 26 avril, vos enfants reprendront le chemin de l’école. Ce retour peut être vécu comme une évidence banale, et un soulagement.  Il sera essentiel de nous demander en tant qu’élèves, enseignants, et parents, ce que nous attendons de cette reprise. Quel est l’espoir, quelle est l’espérance qui nous animent en retournant à une « vie normale » ?

Cette nouvelle newsletter veut témoigner à travers ces articles, qu’il y a une vie possible dans une « mer » agitée et un « horizon » assombri.

C’est vos enfants, nos élèves, qui nous montrent la voie de l’espérance grâce à leurs actions et à leurs initiatives, passées et futures. Au-delà des réalisations, ils témoignent leur attachement et leur regard positif qui n’accepte pas de se laisser enfermer. Au contraire, ils cheminent pour bâtir.

Silvio Guerra
Chef d’établissement