L’édito de fin d’année,
par M. Guerra

En cette fin d’année, l’école a retrouvé son ambiance habituelle ou presque.
Le respect des gestes barrières nous rappelle de tristes jours, loins derrière nous, mais toujours d’actualité. Notre volonté de tourner cette « page d’histoire » inédite se heurte à nos peurs, à nos questions.
Les cris joyeux des enfants, les sonneries et les bruits que nous avons connus ne sont plus un vague souvenir. Ils résonnent à nouveau dans les couloirs et les cours.
Les jeunes ont bien repris le chemin de l’école selon le calendrier demandé par le Ministre: le 11 et le 18 mai, le 2 et le 8 juin. Les derniers ont répondu présents le 22 juin pour un total de plus de 500 élèves (dont 15 terminales).
Ces données ne sont pas seulement des chiffres. Ces numéros sont l’expression de la volonté des familles et ils expriment l’attachement des élèves à l’ensemble scolaire Ste Catherine, au-delà de toute obligation scolaire.
Témoin qu’un tiers des élèves de terminales ayant déjà été reçus au baccalauréat (grâce à leurs résultats obtenus pendant l’année), s’est présenté le 8 juin pour continuer les cours.
Ces constats confirment tout notre travail commencé depuis la mi-août et poursuivi pendant toute la période du confinement. 
La poursuite des apprentissages assurés à distance malgré les difficultés du début et les problèmes techniques occasionnels et l’investissement des enseignants, soutenus par la collaboration des parents depuis la maison, ont permis qu’aucun élève ne décroche véritablement.

Et pourtant personne n’était préparé à faire face à une telle situation, ni ne pouvait imaginer un tel scénario.
Comment avons-nous trouvé, individuellement et collectivement ces ressources pour faire face à de telles circonstances aussi inédites ?
Sur quoi allons-nous nous appuyer pour répondre à autant de questions souvent énigmatiques ?
Comment avons-nous trouvé le courage et la force pour continuer à porter des situations difficiles, à les vivre avec espérance ?

Chacun de nous pourra réfléchir et apporter ses propres réponses. 

Face à ces questions, il serait naïf de croire « à un monde d’après » ou tout changerait du jour au lendemain. Pourtant, faut-il tourner la page comme si rien ne s’était passé ?
Si l’éducation est « introduire un jeune à la réalité …… intégrale »(1), alors nous pourrons trouver nos réponses si nous savons prendre appui sur ce qui s’est vécu.

Au dernier jour de l’école, afin de souhaiter de bonnes vacances, je suis passé dans plusieurs classes du collège. J’ai profité de ce dernier jour pour leur poser aussi une question : après tout ce qui s’était passé cette année, qu’est-ce qu’ils retenaient de plus important ?
Les réponses les plus émouvantes, étaient celles des élèves les plus jeunes.
Malgré, les difficultés qu’ils ont traversées, aucun élève ne s’est exprimé négativement. Ils ont affirmé pour la majorité avoir fait une découverte qui les a aidés à s’améliorer dans l’« organisation », le « travail », et la solidarité avec les autres camarades. Eux-mêmes, ils se disaient surpris, « d’avoir gagné en autonomie ». Certains ont même appris à cuisiner !
Pourtant, les problèmes n’ont pas manqué ; ces mêmes enfants qui avaient montré si peu de familiarité avec les outils numériques. Mais rien ne les a arrêtés à ce qui « n’allait pas ». Bien évidemment, grâce à l’aide de leurs parents, enseignants et des camarades, ils ont pu trouver des solutions qui leur ont permis de dépasser leur difficulté et d’améliorer ainsi leur capacité à apprendre et surtout à « découvrir la valeur du travail, même quand je suis seule ».
Tous les obstacles rencontrés, les limites de tous bords constatées n’ont pas empêché de vivre l’école à distance comme un lieu unique. N’est-ce pas la mission de l’école ? Aider chaque jeune à grandir en connaissance et en humanité. A réaliser que sa vie est unique, quel que soit la circonstance qu’il traverse.
Un élève de terminale a écrit le jour de son retour en classe à son professeur principal : « 3 mois, 3 mois d’instabilité, 3 mois durant lesquels les hommes se sont déchirés dans leur propre solitude, 3 mois durant lesquels mon seul contact social était avec mon reflet dans mon miroir. Le retour était une évidence afin de renouer avec les liens qui forgent notre humanité ».

Chers parents, chers jeunes, au nom de toute la communauté éducative, nous vous souhaitons de passer un bel été. Que continuons à faire trésor de cette humanité éveillée pour chacun de nous et pour le monde qui cherche à la découvrir.

(1) J.A Jungmann 

Marie METRAS

Silvio GUERRA