« Seul on va plus vite mais à plusieurs, on va plus loin »

Nous nous approchons à grands pas vers les vacances de février, avec un sentiment de les avoir bien méritées.


Nous avons traversé une période dense.


La situation sanitaire avec les différentes variantes du virus a pesé lourd sur une éventuelle fermeture de l’école. Cette incertitude a été contrebalancée par un nouveau renforcement des protocoles sanitaires déjà bien stricts et a contraint davantage notre quotidien… qui devient un exercice de prouesse et d’habileté.


Ce climat d’instabilité a complexifié un quotidien scolaire déjà bien chargé par ses problèmes habituels : baisse de concentration et démotivation des élèves les plus grands, agitation difficile à canaliser chez les plus jeunes.


Cette tension, parfois palpable, n’épargne pas les adultes qui sont constamment tiraillés entre deux attitudes : l’attente de solutions « miracles » pour un retour à la situation « d’avant » et des lamentations sur les décisions politiques et les mesures sanitaires à prendre prises. Ce désarroi risque de nous enfermer dans des « jérémiades » qui ne feront qu’augmenter notre découragement et par conséquent, celui de nos enfants. Si, en tant qu’adultes, nous focalisons notre énergie sur ces deux attitudes, alors nous courrons le risque de passer à côté de vraies questions que ce temps de crise soulève et nous pose.


Ce temps de pandémie est-il un temps perdu ou bien y a-t-il la possibilité de « grandir en humanité » ? Y a-t-il un lieu où nos enfants peuvent vivre et apprendre sans avoir peur ? Et comment remettre en marche notre désir d’espérance pour le futur, aussi bien chez nos élèves que chez nous, adultes ?


Il y a un « océan d’incertitudes » devant nous. C’est l’objection que nous pouvons poser à ces questions. Pourtant, nos fragilités mises à jour par le moment historique que nous traversons peuvent être l’occasion d’apprendre quelque chose de nouveau, dans notre vie personnelle, professionnelle et sur le plan de l’éducation. Nous pouvons retrouver en nous-mêmes la force et le courage de « corriger » un certain nombre de nos pratiques, de nos convictions au lieu de décharger nos responsabilités sur les institutions tout aussi fragiles que nous.


Il y a plein d’exemples, autour de nous, d’enseignants, de personnels et de parents qui (nous) témoignent au quotidien de cette volonté de bâtir et de transmettre « quelque chose de nouveau » à nos jeunes.


Je pense à ce professeur des écoles qui, lors de diverses activités pédagogiques, faisait récemment prendre conscience à ses élèves que « tout seul on va plus vite mais à plusieurs, on va plus loin ». Cette maxime est devenue le fil conducteur de la classe en cette année si particulière. L’autre jour, une enseignante est venue dans mon bureau pour m’alerter du stress et du sentiment de vide intérieur que certains élèves vivaient à cause des incertitudes sur leur avenir scolaire. Elle a arrêté son cours et a commencé à écouter les élèves, à échanger sur leurs questions. Compte tenu de la situation qu’ils traversaient, elle a décidé de changer sa pédagogie, elle les a invités à devenir plus « acteurs » et pas seulement considérer le programme ministériel de la matière. Dans les semaines qui ont suivi sa décision, la classe a été non seulement moins “stressée” mais elle a également avancé plus vite dans son programme. Car les élèves ont « joué le jeu ».


Ce ne sont que deux petits exemples parmi les nombreux que je pourrais vous citer mais ils sont suffisamment significatifs pour rendre compte qu’il est possible de « grandir », même dans ces temps complexes.


Ces enseignants répondaient, probablement sans le savoir, à une invitation contenue dans le Pacte éducatif mondial (1) proposé par le pape François en octobre dernier. Il écrit : « Il nous faut avoir le courage de générer des processus qui assument consciemment la fragmentation existante et les contradictions que de fait nous portons en nous ; le courage de recréer le tissu des relations en faveur d’une humanité capable de parler la langue de la fraternité. La valeur de nos pratiques éducatives ne sera pas mesurée simplement par la réussite d’évaluations standardisées, mais plutôt par la capacité d’influer sur le cœur d’une société et de donner vie
à une nouvelle culture. Un monde différent est possible et exige que nous apprenions à le construire, et cela implique toute notre humanité, tant personnelle que communautaire.
»


Je vous invite à nous accompagner dans cette démarche, en particulier pendant ce temps de Carême, qui pour les chrétiens est un appel à la conversion. C’est-à-dire, à retrouver le chemin que nous avons, peut-être, égaré.
Bon chemin à chacun de nous.

Silvio Guerra

(1) https://catechese.catholique.fr/outils/expositions-evenements/314762-pacte-educatif-
global-appel-pape-francois-educateurs-et-responsables-monde/